La blogosphère, où pullulent tant de conseils en tous genres pour apprendre une langue étrangère, est devenue un terrain de chasse de nouveaux et zélés prédicateurs.
Depuis quelques années, et ce, dans le monde entier, une nouvelle vague de gourous, la plupart jeunes voyageurs à plein temps, diffusent la bonne parole aux accents révolutionnaires (en fait souvent, c’est surtout le marketing qui l’est…) inspiré de l’iconique vaisseau amiral « fluent in three months ». Nous avons donc eu l’idée d’une petite compil’ de trucs (trouvés sur le web ou les nôtres) toujours intéressants à connaître et indépendante de toute « vente ».
L’approche
Les bonnes motivations (le besoin ne suffit pas!)
Viser le plurilinguisme (qui vous ouvre les portes du monde et accroît votre capacité à apprendre). Après 3 ou 4 langues, même plus peur !
S’éloigner des méthodes passées si ce n’est pas votre tasse de thé, mais se rappeler que parfois, c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe
Ne pas se mettre la pression, ça rentrera moins bien
Ayez un œil neuf et ouvert en mettant de côté les mythes répandus sur le web des langues étrangères
Oubliez la légende du Français nul (l’Anglais, oui)
Éviter les cours collectifs (en grand nombre). En dehors du fait qu’un cours particulier est adapté et plus intense, l’écoute des erreurs des autres et le faible temps de parole en fait une source de confusion
Prenez des « risques » en faisant des choses que vous ne faites habituellement (aborder des inconnus, discuter avec vos voisins en train, bus, avion…)
L’intensité et la régularité 2 fois deux heures par semaine est plus payante qu’un gros week-end ou une heure par semaine.
Être curieux, observez et écouter (même si c’est impoli 🙂
« Do not be concerned with speed, but rather, with accuracy »
Trouver les trucs qui vous conviennent. Il n’y a pas de modèle unique ni de situation identique. Les méthodes peuvent varier selon la personne, la langue apprise et l’objectif. Aucune n’est adaptée à tous le monde, chacun doit faire sa propre cuisine.
« Language learning is a highly cumulative process. It is like making a tower out of blocks: you keep building on top of what you did the day before »
Aller à l’aventure avec des rencontres ou vers des aspects originaux et moins utilisés d’une langue (calligraphie…)
Prendre son temps. Ne pas se mettre la pression (vous avez appris le français en trois mois ?)
Humilité, patience et volonté. Apprendre une langue, c’est un long chemin à prendre tranquillement avec des hauts et des bas
Attitude décomplexée (qui vous demande de parler comme un natif pour communiquer ?)
Faîtes des erreurs (et avec le sourire) qui ne sont pas perçues comme telles par des natifs, mais comme le courage et la volonté d’apprendre leur langue
Découvrir comme un enfant sans se poser trop de questions
Le bon choix d’une langue en fonction de ses objectifs et opportunités d’usage
« learn in context ». Plus que des listes de mots, les phrases permettent mieux de retenir le mot ET le sens (exemples : Babla, Linguee, Reverso)
Ne pas croire que tout le monde se moque de vous parce qu’il parle une langue étrangère et si c’était le cas imaginez les quand ils parlent, eux, votre langue…
L’Europe, avec des langues majeures (anglais, russe, espagnol, français), entre autres, est un formidable terrain d’entraînement avec ses opportunités et ses courtes distances. Profitez-en!
La technique
Procédez par petites étapes, n’en faites pas une montagne! se fixer de petits objectifs faciles à atteindre
Fixer des dates limites dans votre agenda et créer un planning raisonnable, voir très facile à suivre
Travailler entre 15 minutes et 30 minutes par jour
Se créer des rites et des points ou moments d’ancrage (une tasse de thé, un jour, une heure…) pour baliser la régularité
S’inscrire à des applis gratuites qui vous envoient un exercice chaque semaine pour acquérir une habitude et « s’amuser »
Trouver des partenaires natifs fiables avec un véritable esprit d’échanges et volonté d’apprendre (pas si facile)
Concentrez-vous sur un vocabulaire utile que vous utiliserez souvent d’où la mémorisation, par exemple de 1000 mots qui font 80% des conversations (500 mots, 50% des conversations).
Utiliser à fond les mini guides de voyage (Berlitz, Harraps…) en relisant avant l’action (en entrant dans une boutique par exemple)
Trouver les opportunités d’utiliser vos connaissances quelque soit votre niveau
Achetez une grammaire simple pour ne pas vous décourager (les Français ont ils toute la grammaire de Grévisse à la maison, les subjonctifs sont-ils si fréquents dans la conversation ?)
Arriver à « jouer » avec des exercices de grammaire ou s’habituer à une petite lecture le soir d’un article d’une grammaire « alphabétique » (bien choisir le niveau d’exercice et l’outil pour y parvenir)
« The only way to learn a language is to make quite a bit of effort on a daily basis.”
Pratiquer le « stealth learning » en passant vos logiciels et appareils (tv, mobile…) dans la langue cible.
Apprendre la grammaire en « l’écoutant « et pas seulement dans les livres de grammaire. La lecture d’un livre facile vous aidera à la comprendre et l’utiliser
Programmer des moments calmes et sans pression pour y prendre plaisir et ne pas en faire un pensum
Lire les traductions de chansons, trouvables sur le net à lire en les écoutant
Écrire (travail de la mémoire « digitale » et visuelle). Communication sans pression
Des post-it sur tous les objets de la maison pour le vocabulaire et faire participer la famille
S’initier avec des applis de « gamification » qui font penser aux jeux vidéos pour la phase découverte et initiation comme Duolingo ou Worddive
Varier les périodes d’apprentissages avec un travail régulier à votre rythme et des phases intensives (immersions, points de grammaire difficiles, cours intensifs…)
Toujours vérifier une prononciation (avec Forvo par exemple) ou une orthographe pour ne pas rester dans le doute
Utiliser des logiciels de répétition espacée ou « flashcards » pour réviser et mémoriser le vocabulaire à l’écrit comme à l’oral
Parler à voix haute (permet de combattre la peur de parler et aide à la mémorisation par le mouvement des lèvres)
« Comment dit-on » votre phrase qui ne s’use jamais quand on s’en sert à l’étranger
Les applications « fast and fluent » ne vous dispenseront jamais d’un vrai cours structuré pour acquérir un socle solide et une future base de lancement
Variez vos outils pour une plus grande agilité et moins de monotonie
User du multisens (son , image, écrit , prononciation à voix haute, gestuelle, musique…)
L’environnement
Conversez, conversez, conversez..(tandem, applis talk, rencontres meet-up, café langues, voyages…). Skype, facetime, hangout…are your best allies!
Éviter les environnements « internationaux » et demander à vos interlocuteurs de vous aider (et ne pas parler une autre langue que vous connaissez sauf en cas d’urgence !)
Faire un pacte avec la famille et les faire parfois participer avec un jeu. Les initier à votre tour (être prof est très formateur).
L’immersion (avec une base minimale solide) est à rechercher en toutes circonstances (cafés, réunions polyglottes, voyages)
S’exposer aux natifs (touristes, étudiants, clients…)
La musique adoucit les mœurs et développe les langues étrangères. L’association plaisir et travail des langues est un des facteurs de la mémorisation efficace. L’immersion par l’audio ou la vidéo (YouTube, radios, tv, film…) est un moyen naturel d’apprendre sans s’en rendre compte et de s’exposer aux accents et expressions de la vraie vie. Une bonne philosophie, Languages is music de Susanna Zaraysky
Observer et écouter (dans un café, supermarché…) à l’étranger
Éviter en voyage les compatriotes et ceux qui parlent une langue que vous connaissez
La motivation
Le plus important…
Piocher dans cette liste et ajouter les vôtres :
apprendre à chanter
apprendre la calligraphie chinoise, japonaise
découvrir une culture
un projet de mariage, une romance
être européen
ma famille, mes racines
une envie d’expatriation ou de voyages
des études
facilités des rencontres
un développement personnel, un déblocage de potentiel
nationalisme des langues
accès à plus d’informations sur le web
sortir de sa bulle pour mieux comprendre sa culture
plus de capacité de décision, confidence
impressionner les amis
être autonome en voyage
développer l’esprit critique
recherche de tolérance et d’ouverture sur le monde
usage professionnel, valorisation de son CV
travailler la mémoire, activer les neurones, prévenir l’Alzheimer, acquérir une meilleure agilité mentale
challenge personnel
un hobby
s’amuser en faisant des quizz
actions caritatives à l’étranger
Les bonnes motivations, source de progrès linguistique, vont de la recherche de racines à l’usage en vacances, des relations amicales ou amoureuses, du plaisir du voyage et de la connaissance et doivent se superposer à la seule contrainte des « affaires ».
Développer ses capacités biologiques et mentales
Ecoute, relaxation, mémoire, empathie, déconnexion avant un cours… Une préparation physique et mentale prédispose toujours à un bon apprentissage.
L’immersion
le Saint Graal… si préparé! Un déclic important qui peut faire passer de statut langue étrangère à celui de langue familière.
Bénéficier d’un accompagnement
Professeur, tuteur, coach, partenaire natif tandem… Ne restez pas seul! Des conseils aussi comme avec ce livre gratuit à télécharger et disponible en 23 langues de l’UE . Eh oui, l’Europe est la championne du monde des langues (origine de langues véhiculaires majeurs comme l’anglais, le russe, l’espagnol ou le français) et de ses problématiques grâce à son histoire et géographie.
Le Web
Partir à la recherche sans fin des vidéos et conseils sur le web… Pour les accros aux conseils signalons Eurolinguiste avec Shannon une reine du marketing des langues étrangères et pour les chanceux qui habitent la région de Toulouse un autre laboratoire de pointe, la caravane des langues!
Fabriquer ses outils « perso »
Pour apprendre une langue, en dehors de la masse de conseils disponibles sur le Web, il faut aussi inventer des astuces pour mémoriser certains aspects de la langue et en particulier les déclinaisons !
Si un truc facile existe pour l’allemand, le russe est plus délicat… Et la vue d’une horde de tableaux peut faire fuir beaucoup d’apprenants !
Il est donc important d’inventer et de bricoler vos propres combines pour progresser et vous facilitez la vie. J’ai ainsi créé, pendant des années pour mes déplacements export d’entreprise, des petits carnets (en cinq langues) avec onglets découpés pour inscrire les phrases usuelles de vie pratique et de négociations techniques et commerciales à réviser dans l’avion ou juste avant la visite (en prenant soin de conserver un grand carnet de sauvegarde). Aujourd’hui, des ouvrages bien faits, des applications dédiées ou vos créations numériques peuvent être utilisées à la place.
Les langues avec déclinaisons
Les déclinaisons sont dans l’imaginaire des apprenants, le plus souvent des pentes raides bien connues et décourageantes à gravir. Les allemandes sont redoutées (et à tort !) et les russes semblent réservées à quelques intellectuels. Or, il existe des moyens connus (mais pas toujours diffusés…) pour les retenir et les utiliser, car leurs représentations sont trop souvent très académiques et pas adaptées à un apprenant non natif. Les déclinaisons sont habituellement l’obstacle principal qui décourage l’apprenant en cours d’étude ou même pour le choix d’une langue !
On trouve aussi de multiples conseils efficaces sur le web, n’hésitez donc pas à sortir des sentiers battus et des méthodes trop bien léchées et n’oubliez pas que la construction de votre propre truc permet de travailler en profondeur le sujet qui vous pose un problème !
Quelques trucs pour apprendre des déclinaisons :
Ne pas en faire une montagne. Penser apprentissage progressif et travailler aussi la lecture pour visualiser des groupes de mots et y voir leurs applications
Se concentrer sur les plus utilisées. Les autres étant moins fréquentes, le taux d’erreur chutera et l’ensemble sera acceptable en tant qu’étranger. Progressivement ajouter le reste après assimilation des premières.
Créer ses propres tableaux en réduisant les doublons
Toujours apprendre les adjectifs, démonstratifs… et les noms en mode groupé et horizontal
Un truc psychologique maison : commencer l’estonien. Au vu des 14 cas, vous sauterez de joie quand vous rencontrerez les 4 allemandes (les déclinaisons…)
L’allemand
Si vous ouvrez une grammaire allemande, vous y trouverez une dizaine de tableaux à compiler simultanément dans sa tête… Or, il est possible de s’en passer avec une méthode simple :
Rien que pour les noms, quatre déclinaisons dont les deux premières se subdivisent en trois (dur, molle et mixte). Ajoutons les nombreuses exceptions et les variations grammaticales (plusieurs pour un même cas selon l’interlocuteur) et phonétiques (certaines lettres changent pour faciliter les liaisons). Pas faciles, elles s’assimilent avec le temps, mais on peut trouver de bons outils sur le web…
Déclinaisons russes
Pour le russe, nous travaillons sur une ébauche de fiche horizontale et globale de déclinaison pour retenir rapidement un schéma mental simple à utiliser. Incomplet et imparfait (l’aide d’un natif de la langue nous serait précieuse), il peut permettre d’apprendre une base facile à retenir et son dérivé pour minimiser les erreurs et dépasser un blocage. De plus, si à l’aide d’un tableau réduit vous ne faites que 80% d’erreurs, mais avec une fluidité dans le langage, c’est un excellent résultat pour la majorité des apprenants
On trouve de tout, l’essentiel, c’est que ça marche pour vous 😉 Le truc ici, c’est que vous apprenez vite pour ne plus entendre chanter faux…
Quelques liens pour trouver des trucs
D’autres aspects que les déclinaisons peuvent bénéficier de trucs et en particulier l’acquisition de vocabulaire. L’important est de fabriquer vos propres notes et astuces (même s’ils sont incompréhensibles pour les autres). Inspirons-nous toutefois des travaux d’apprenants malins !
Les trucs d’avant en mode Youtubeur. Notons que la répétition espacée encensée dans les applis , ce sont tout simplement les classes de latin où l’on répétait régulièrement à voix haute « rosa, rosam, rosais… Le travail sur la mémoire est un facteur essentiel (et ancien) pour vous faciliter l’apprentissage.
Un classique, le surlignage des mots difficiles rencontrés, les autres étant révisés, sur un lexique comme le Vocabulaire anglais, Robert & Nathan. L’option surligner les mots connus est aussi possible selon les niveaux (deux couleurs aussi !). Notons l’hyper rapidité de la formule à l’usage de révision en comparaison avec les applications numériques…
Pas de déclinaison en chinois, mais l’achat d’un poster de 1000 caractères de base à afficher sur un mur vous permet de surligner les connus et de les réviser de manière impromptue en passant devant. On visualise aussi son avancée en un coup d’œil!
La plupart du temps, des experts en auto-apprentissage et des chercheurs d’astuces imaginatifs se confient sur leur blog : Des blogs de langues compétents. Autre exemple : les outils de l’écrit de Langues d’ailleurs
Trucs, astuces…? Le « secret » pour apprendre une nouvelle langue c’est en premier la combinaison toute simple de six ingrédients visualisés par cette fusée prête à décoller:
Le cours est un manuel/méthode structuré et structurant
La toolbox, ce sont les instruments qui entourent la méthode et développent tous les aspects d’une langue
La régularité est primordiale
L’enthousiasme se trouve parmi les motivations. Différent de la volonté !
Le professeur, coach ou tuteur aura toujours les réponses à vos questions en temps réel. Le choisir est un exercice délicat.
Le second « secret », c’est le mix « cours individuel + immersion » dans le pays sera toujours la plus efficace des méthodes (si l’on remplit certaines conditions comme le choix judicieux de son professeur et son lieu d’immersion).
Une vraie question est celle du choix entre l’enseignant français qui a appris une langue et le natif qui a appris (ou non) le français. Le natif a pour lui l’avantage de sa légitimité, la rencontre interculturelle et la maîtrise totale de la langue. Mais le Français enseignant a par contre la meilleure compréhension des difficultés (car pour les natifs, c’est toujours évident…) et le décodeur qu’il a dû acquérir pour les comprendre (les natifs). Et parlons aussi des accents et variantes (selon le pays ou la région) qui déstabilisent l’apprenant français ! La question n’est toujours pas tranchée et au lab, nous pratiquons en fait les deux…
Attention à ne pas tomber dans le piège de la recherche sans fin de trucs, ressources ou logiciels miraculeux. Ces derniers, et contrairement au message trop souvent diffusé, ne pourront vous faire l’économie d’une méthode ou d’un manuel structuré pour une véritable assise de votre apprentissage. Elles ont l’intérêt de démystifier les langues étrangères, d’attirer un large public et ainsi de lever la fameuse « barrière » mais l’inconvénient de faire un peu trop croire que la route sera facile et ludique à souhait…
Attention aussi à ne pas s’éparpiller et se concentrer sur quelques outils, sélectionnés en fonction de vos aptitudes et habitudes. Il est important, une fois ses outils trouvés, d’en utiliser même peu, mais au maximum. Constituez un kit de survie pour le voyage et un assortiment riche en outils, mais dont l’utilisation est répartie dans le temps avec plus ou moins d’intensité et selon la phase (révision, démarrage, entretien…)
Au-delà du marketing d’applications ou de ventes de livres de conseils « fast sales and reading » il existe des chercheurs un peu moins « clickbait » et à l’analyse plus « durable »comme l’anglophone « Omniglot » ou le francophone « le monde des langues » et, bien sûr, le Lab des Langues 🙂
Chargement…
Une réponse à « Trucs et astuces pour apprendre une langue étrangère, la compil’ »
Laisser un commentaire