Cette idée de l’anglais langue omnipotente et omniprésente des affaires est ancrée dans la tête de nombreux candidats à l’export, de l’Éducation nationale, d’entreprises et de nombreux acteurs de la politique.
Or la réalité du terrain est bien différente et montre que son efficacité est limitée, mitigée et ne préfigure en rien de l’avenir même si elle reste un générique sous sa forme « aéroport » !
L’aspect géographique et les chiffres
Pour bien comprendre la « géographie » de la langue anglaise, il faut d’abord lire les statistiques des langues parlées dans le monde à la rubrique langages nationsonline et voir la carte et la liste des pays officiellement anglophones. Découvrez aussi l’évolution du langage des affaires dans le monde et des limites de l’anglais dans son usage en lisant attentivement ces témoignages (dont ceux d’anglophones !) sur ce sujet.
- Une étude européenne pour combattre cette idée reçue « English is no longer dominant in world trade and internet traffic! »
- Paroles d’anglophones
- Quand Harvard business review parle du déclin (relatif) de l’anglais…
- Attention aux clichés comme l’Inde anglophone ou l’anglais en Corée du sud.
- Impact négatif de l’imposition de l’anglais langue véhiculaire dans une entreprise internationale
- English is no longer the ‘only show in town’ comme le souligne le British council
Languages means business
- « Languages means business », la formule est au pluriel…
- English-not-enough, un court résumé tout simple et actuel
- La position de l’Europe et les rapports des institutions (Elan, Pimlico…) sont trouvables sur le site de la commission européenne.
- Le handicap paradoxal des anglophones natifs.
- Usage de l’anglais en Amérique latine, encore un cliché !
- Comment font les entreprises exportatrices européennes non françaises ? Un témoignage
- Cas de l’anglais en Suède, pays européen toujours cité pour son excellence (relative) en langue anglaise : une étude suédoise montre surtout une économie tournée vers des pays anglophones et scandinaves. Le commentaire révèle que la carence en langue étrangère (autre que l’anglais) entraîne une perte de marché à l’export pour les entreprises suédoises contrairement au Danemark beaucoup plus multilingues ! Ce handicap paradoxal (en apparence) de l’anglais pour les affaires en Suède est à mettre en parallèle avec le classement des élèves suédois excellents en première langue (anglais) et dernier de la classe européenne en seconde langue (autres que les Scandinaves).
- Bien différencier « utilité » et « efficacité » dans la recherche des langues des affaires !
- Faut-il parler chinois en Chine ?
- Les conséquences de l’anglais « only » et de l’enfermement mental et culturel qui en découle
Problématiques de la langue anglaise
La langue anglaise est menacée… c’est une réalité curieuse, souvent ignorée, mais pas par des Britanniques! Un comble.
L’anglais est une langue d’apparence assez simple et surtout d’une structure très souple se prêtant facilement à des variations et à des ajouts. Déjà à l’origine une langue aux nombreuses variantes et accents en Grande-Bretagne même (anglais, écossais, cockney, RP (celle enseignée aux Français…), l’éloignement des zones parlées dans le monde entrainent des différentiations incontrôlables. Les « pidgins », le créole anglais avec mélange des langues, l’américain, les accents, les argots, les dialectes régionaux… n’en font pas une langue universelle structurée et commune. Une Anglaise de Brighton aura du mal à comprendre le cockney ou l’accent du Texas et trouvera étrange la grammaire de l’Indien. L’anglais universel n’existe tout simplement pas, sauf peut-être le « global english » (langue d’aéroport !) langue appauvrie au vocabulaire limité employée notamment dans le monde des affaires, en particulier entre étrangers pour communiquer (qui conservent leurs langues maternelles pour un usage plus riche et expressif). L’anglais véritable n’est pas gagnant linguistiquement de cet espéranto limité. De plus, le « franglais » n’est pas l’apanage des Français quand il s’agit d’inventer des mots inutiles. Un avis (livre) anglo-saxon sur les dérives de l’anglais des affaires !
Cette question soulève le principe même de l’anglais au singulier et de la maîtrise de son évolution.
Enseigner le « globish » est l’idée d’un Français pour qui l’anglais est surtout utilisé dans les affaires entre locuteurs non natifs anglophones et ne requiert donc pas un anglais sophistiqué. D’où la création d’une méthode simplifiée pour un apprentissage rapide (cette version allégée semble séduisante mais n’est pas un bon support pour la découverte interculturelle indispensable). Il existe d’ailleurs plusieurs variantes de « globish » utilisées dans le monde. L’anglais majoritaire aujourd’hui est en fait l’anglo-américain, en raison du poids économique et de l’impérialisme économique des états-unis et de l’influence de l’informatique, du cinéma ou de la chanson chez les jeunes en particulier dans les pays émergents. le global english, au grand dam des anglophones est en train d’éclipser l’anglais dans le monde comme l’indique cette excellente étude du british council qui modifie la carte des langues d’affaires.
N’ayant pas d’académie à la française, la langue anglaise part dans tous les sens et parfois se voit imposer des syntaxes et des vocabulaires non désirés. Le cas de l’anglais en Inde et de sa dérive montre l’évolution actuelle.
Une deuxième forme de menace est le développement de langues étrangères dans des pays natifs anglophones comme l’espagnol aux Usa, en particulier en Floride ou en Californie (logique retournement de l’histoire dans ces terres autrefois espagnoles ?).
Le débat sur l’espagnol, deuxième langue officieuse des États-Unis, est devenu un enjeu politique national(Encore une chance pour la France, l’espagnol étant proche du français et enseigné largement en France).
Cette analyse pertinente montre aussi les limites et les conséquences de la diffusion de l’anglais dans le monde et ses conséquences sociaux-politique.
Et demain, le chinois la langue du monde ?
L’anglais langue véhiculaire
Langue qui permet à des communautés de langues différentes de communiquer.
L’anglais est une langue véhiculaire quand elle permet à des habitants de l’Inde ou du Canada, par exemple, de communiquer entre eux, mais également dans les rencontres internationales, la communication entre locuteurs étrangers pour les affaires ou le tourisme. C’est alors une langue incontournable. L’hégémonie de cette langue dans le domaine informatique, médical, technique… est un atout pour la diffusion des connaissances dans le monde, mais un handicap pour les non-locuteurs. En Europe, il envahit les institutions européennes confrontées à un défi plurilingue unique dans le monde. Cette prépondérance peut être aussi un handicap pour les locuteurs non natifs, car il favorise les anglophones dans toutes négociations en anglais et les emplois (exemple dans les institutions européennes). Les traducteurs natifs anglo-saxons sont très recherchés d’autant plus qu’ils deviennent rares suite à l’effondrement de l’apprentissage des langues étrangères au Royaume-uni…).
Lisez l’anglais en Europe du conseil de l’Europe à Strasbourg et découvrez le rôle de langue véhiculaire de l’anglais en Europe.
Pour l’union européenne le problème est aussi politique par respect pour les langues minoritaires et l’avantage linguistique accordé à un seul pays très minoritaire en termes de population et dont l’ancrage avec l’Europe est contestable, le Royaume-uni en particulier. Une autre possibilité plus neutre aurait pu être envisagé comme dans ce rapport Grin.
Il existe aussi un nouveau « pidgin » ou jargon européen au sein des institutions de l’Europe.
Langue véhiculaire sur l’internet, son influence sur la toile est toutefois en régression en pourcentage en raison du développement des logiciels de traduction automatique et du poids des populations des pays émergents. La majorité des pages web seront un jour en chinois par la logique démographique. Aujourd’hui plus de 44% des utilisateurs d’internet sont en Asie…
Au départ un cercle restreint anglophone, l’internet s’internationalise et favorise un environnement multilingue.
L’arrivée de nouvelles techniques comme l’implantation des noms de domaine en langue native va réduire considérablement la part de l’anglais sur la toile et modifier, par exemple, une stratégie de nom de marque ou d’entreprise, l’utilisateur privilégiant sa recherche dans sa langue native d’où un besoin de translocation des noms.
À l’usage l’utilisateur de la toile s’aperçoit bien vite qu’en dehors des pays anglophones l’information est plus riche et intéressante dans les langues natives et que l’anglais est souvent utilisé pour un usage très restreint. Pour un exportateur pas de comparaison possible entre un annuaire en anglais (spécial étranger !) d’un pays et ceux utilisés par les locaux.
Une langue véhiculaire, c’est aussi une langue appauvrie en apport et compréhension interculturelle et parfois un piège. Parce qu’un Camerounais parlera français, on oubliera un peu trop vite le fossé culturel qui nous séparent. De plus le passage de la langue d’origine à une langue tierce puis retraduction dans une autre langue évoque le jeu du téléphone arabe et ses déformations.
S’informer aussi des problèmes dérivés de l’usage unique de l’anglais alors que même la majorité des locuteurs natifs de cette langue ne sont pas Américains/Britanniques, mais Indiens (l’Inglish est donc la forme anglaise majoritaire…).
On a vu également apparaître, avec l’internationalisation, le phénomène de discrimination linguistique. Une réflexion encore bien étrangère en France…
Les entreprises ont-elles vraiment une stratégie langue (vu par Harvard business review) ?
La traduction automatique
Le développement rapide de la traduction automatique/ AI et les outils mobiles conversationnels de traductions changent la donne et réduiront considérablement les besoins en langue anglaise n mode intermédiaire. Sites web, documents et conversations pourront se faire en direct entre deux langues non anglophones et les voyageurs et affairistes pourront se suffire dans de nombreux cas de ces outils. Un retour d’apprentissage des langues locales (celles du client et des relations personnelles) est à prévoir, l’anglais restant un générique utile, mais sera beaucoup moins indispensable.
L’anglais, une chance pour la France

Perçu comme une menace par des intellectuels français, l’anglais est en réalité un coup de chance pour les Français exportateurs. La langue anglaise, est de souche indo-européenne (comme nous) et issue du germain (comme nous en partie), a une écriture latine (comme nous), une langue dont au moins 30% sont d’origine française ou franco-normande. Imaginez un instant que le mandarin soit une « lingua franca » pour l’Europe et que nous devions tous l’apprendre…
L’anglais parait alors accessible et facile. C’est d’ailleurs une langue assez simple comparée à du chinois ou du finlandais et sans les redoutées déclinaisons à l’allemande ou à la russe. Pour un Français l’accès à cette langue est aisée et facilitée par la proximité de l’Angleterre. Pour pratiquer dans un pays natif, faire des séjours linguistiques, travailler dans un bain linguistique, la Grande-Bretagne est à quelques heures en TGV ou en bateau. De plus, de nombreux Anglais (200000 propriétaires de résidences secondaires !) viennent en France pour le tourisme, le travail ou y vivre permettant des possibilités nombreuses pour les connaitre et leur parler. Bonu : les liens historiques !
L’Anglais ne menace pas le Français. Parlez-vous anglais dans la vie courante ? Bien sûr que non ! Des anglicismes ? 1 à 3% de mots nouveaux, marginal ! Des mots nouveaux en anglais ? Pourquoi systématiquement les traduire. S’ils deviennent communs au français et à l’anglais, tant mieux, faisons comme les Normands. Avons-nous traduit le mot igloo ? Notons qu’un « franglais » mal maitrisé est toutefois nuisible, comme l’usage de mots anglais en français dans un sens incompréhensible pour un anglophone. En fait, l’anglais menace surtout les dialectes locaux, y compris en Grande-Bretagne (cas du Welsh).
Le mot « hôtel » d’origine française est utilisé dans le monde entier. Doit-il être remplacé ? Inventons plutôt des nouvelles choses dont les noms soient réutilisés dans des langues étrangères. Là est le vrai défi.
La langue de l’export, c’est tout simplement la langue du client !
Les « langues de l’export » s’adressent en priorité à des exportateurs, c’est-à-dire à des vendeurs de biens et de services français à l’étranger ! Si vous importez ou participez à une conférence internationale, les enjeux linguistiques peuvent être toutefois différents. La meilleure langue des affaires restant toutefois celles des clients.C’est pourquoi l’anglais n’est pas la « langue de l’export » ni surtout la meilleure pour faire des affaires (hors des pays langue officielle).
Une évidence et une lapalissade, mais qu’il faut promouvoir en France, un comble !
- Si je vous vends un produit, je parle français. Mais si vous me vendez quelque chose, « Dann müssen Sie Deutsch sprechen ! » (Alors, vous devez parler allemand). Phrase attribuée à Willy Brandt, ancien chancelier allemand.
- Lorsqu’on lui a demandé laquelle de ses six langues il utilisait dans le cadre de ses tractations commerciales, un homme d’affaires néerlandais a répondu: «J’utilise celle qui me donne un avantage commercial!».
- » It is an old US marketing adage that one can buy in English anywhere but it is very hard to sell in English in a non-English-speaking market. That can now be readily expanded to many other languages—Chinese, French, Japanese—where one can likely buy in any country in one’s own language, but it is considerably harder to sell in a language other than the target market’s language. »
- Vous êtes le client… Qui a un avantage certain, le vendeur qui parle français ou celui qui utilise son global english pour vous vendre son produit? La concurrence mondiale conduit inéluctablement à l’usage de la langue locale pour vendre!
Pour les anglophiles convaincus laissons les joyeusement vendre leurs produits en Chine ou au Japon en anglais (idée reçue que l’on parle partout l’anglais au Japon…) et affronter leurs concurrents plus malins et plus efficaces.
- Pays anglophones: oui, l’anglais est la langue de l’export (quoique l’espagnol aux USA…). Lire cet article de la BBC…native-english-speakers-are-the-worlds-worst-communicators à propos de l’anglais utilisé dans les affaires Mais quel « anglais »? L’anglais ou le texan, la vraie langue des affaires?

- Le développement rapide des traducteurs automatiques et leur qualité exponentielle (comme sur les smartphones) réduit de plus en plus l’intérêt d’une langue « universelle » y compris en conversation « live »
- La part de l’anglais sur internet se réduit d’année en année pour une simple raison de démographie
- Si en Grande-Bretagne la fondation Nuffield lance un cri d’alarme sur l’incapacité des Britanniques à parler une langue étrangère (9 jeunes sur 10) et proclame « english is not sufficient » dans les mêmes termes qu’un rapport du sénat français « l’anglais est nécessaire, mais insuffisant » l’axiome semble juste.
- Le développement des sites et des noms de domaine localisés réduisent chaque jour l’impact du site « en anglais » et la localisation de plus en plus requise par les internautes.
- L’anglais, quel anglais ? Le texan, la vraie langue des affaires ?
La langue de l’export, c’est celle du client, répétons : La langue de l’export, c’est celle du client… Bis repetita placent, en latin, une ancienne langue des affaires;)
Conclusion
L’anglais est une langue de l’export majeure, générique et nécessaire, mais pas « la » langue des affaires et de l’export. Imposée comme langue véhiculaire dans certaines entreprises, cette simplification apparente comporte des risques interculturels et des troubles d’efficacité. Toutefois les produits issus de l’IA et de la technologie réduisent rapidement les besoins de l’anglais…
Notes
- L’anglais, langue internationale, est une langue par défaut en dehors de ses zones natives…
- Distinguer la langue « des ventes » de celle d’une langue de communication interne d’une multinationale par exemple dont on découvre avec le temps les inconvénients.
- L’anglais est bien une langue majeure pour les affaires en particulier pour les voyages, les conférences, les documentations techniques…
- L’anglais, c’est aussi le danger de la langue « passeport » et intermédiaire qui empêche d’aller vers l’autre et le comprendre lui ou elle et sa culture.
- L’exportateur, c’est-à-dire à un vendeur de biens et de services français à l’étranger, est très rapidement confronté à la réalité plurilingue du terrain s’il veut développer ses affaires ! Si vous importez ou participez à une conférence internationale les enjeux linguistiques peuvent être différents.
- Les traducteurs automatiques réduisent l’intérêt d’une langue universelle.
- Les écoles de langues « spécial anglais » et l’éducation nationale se focalisent sur cette langue pour ne pas se remettre en question et par facilité (steaks hachés et frites tous les jours à la cantine, c’est plus facile à gérer), mais semblent très mal informées sur les changements en cours et les réalités de la vente (vente en anglais en Chine:-)
- Par l’existence d’une diaspora importante ou par idée de prestige, la langue du client peut ne pas être celle du pays. Par exemple, lors d’un voyage de prospection en Argentine, j’ai beaucoup utilisé l’italien à la place de l’Espagnol celle-ci étant la langue d’origine de mes prospects dans un secteur ciblé machine-outils ou l’espagnol à Miami et Los Angeles pour cause d’immigration ou présence massive.
- La langue de l’export, c’est aussi et toujours l’interculturel (véritable mode d’emploi des langues étrangères) indissociable de tous les langages !
- Si vous n’êtes encore pas convaincu, n’oubliez pas que Coca-cola s’écrit en chinois en Chine, mais si vous pensez être plus malin que cette multinationale…
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