Les gaffes interculturelles de personnalités politiques font bien souvent la une des médias. Au-delà de l’anecdote, les difficultés ou erreurs de communication peuvent empêcher des contrats ou ternir votre image.
L’export, c’est donc aussi un challenge linguistique et culturel !
Vous aimeriez communiquer plus efficacement pour répondre à l’internationalisation croissante de votre entreprise ? Voici les grandes lignes d’une animation (les dix défis de la communication à l’international) à cogiter pour structurer les divers aspects d’une communication efficace avec des locuteurs étrangers. Former ses personnels à la sensibilisation aux difficultés et erreurs de communication avec des prospects, partenaires ou collègues de nationalités différentes est devenu primordial pour réussir.
Dix défis à relever !
- Connaître les risques
- S’adapter
- Acquérir des savoirs et compétences
- Choisir ses langues à l’export
- Anticiper les situations
- Stratégies de communication
- L’interprétariat et la traduction
- Utiliser les technologies
- Communiquer à l’écrit
- Communiquer à l’oral
Pour qui?
Cette animation s’adresse aux entreprises qui travaillent à l’international et souhaitent préparer leurs équipes aux interactions avec des prospects, clients, partenaires ou collègues de nationalités différentes. Un groupe de 6 à 12 participants est recommandé.
Elle permet de découvrir les différents aspects d’une communication « internationale » dans une optique pragmatique et issue du terrain. Elle permet aussi de mieux comprendre l’évolution nécessaire pour passer d’un ethnocentrisme réducteur à un développement positif et productif de compétences culturelles.
L‘animation
Bousculer les esprits par un véritable ressenti est un préalable à la réalisation de l’acquisition d’un comportement efficace et adapté à toutes les situations. Les participants pourront découvrir dans une première partie l’esprit et les valeurs nécessaires pour trouver une juste attitude et dans la seconde la compréhension des savoirs culturels nécessaires en lien avec des pays.
Un deuxième élément est l’usage familier de formes et d’outils de communication en langues étrangères (digital, livres, modèles à l’écrit…)
Une présentation des problématiques et des solutions à proposer à partir des dix défis. Des outils d’aide à la communication (livres, digitaux…) et un jeu à l’usage des professionnels (Diversophy) pour découvrir et ressentir les relations culturelles.
Deux animateurs sont nécessaires, l’un au profil enseignant polyglotte (+ de 3 ) des langues, l’autre expert en interculturel. La combinaison des deux permet d’aborder la communication à l’internationale sous tous ses aspects. Nous conseillons de faire appel à des experts extérieurs, ces compétences étant difficiles à trouver en interne (c’est la raison pour laquelle le détail de l’animation n’est pas publié et laissé à la créativité et expérience des intervenants).
Durée
Une journée à prévoir
Mieux comprendre les défis
Article de Jette Milberg Petersen et Jean-luc Chevrier
L’exportation, un défi linguistique et interculturel L’appellation glamour “dialogue des cultures” se transforme très vite à l’export en confrontation des cultures, qui entraîne, au-delà du choc, une remise en cause profonde.En effet les carences en langue, en communication et un comportement ethnocentrique sont les causes principales d’échec à l’export. Ils engendrent des difficultés à comprendre les pratiques des affaires, le comportement des clients étrangers et l’incapacité à analyser les marchés étrangers.« La barrière des langues » est en particulier pour les Français un premier pas redouté à l’export.
Du complexe et de la barrière des langues
L’éducation
Un certain formalisme/perfectionnisme dans l’utilisation de la langue pourrait être considéré comme l’un des facteurs bloquant le multilinguisme en France. Le système éducatif français valorise beaucoup la forme d’expression (peut-être plus que le fond) et surtout l’écrit ce qui crée des barrières psychologiques supplémentaires pour apprendre les langues. La peur du ridicule, des notes « couperets » qui bloquent l’expression orale et inculquent l’idée que les Français sont mauvais alors qu’ils sont au milieu du classement européen et devant les Suédois pour l’apprentissage d’une deuxième langue étrangère…. C’est toute une attitude éducatrice qui freine ainsi l’apprentissage des langues étrangères à l’école. Ajoutons à cela le très faible nombre d’heures de paroles effectives des élèves dans leur cursus scolaire…Les rapports successifs parlementaires aboutissent aux mêmes conclusions depuis des décennies et une évolution décisive est toujours dans les cartons voir les archives…Nous avons toutefois une 8ème merveille du monde en Europe : les programmes Erasmus… qui ont failli disparaître!Persuadés ainsi que leur élocution devrait être irréprochable, les Français se sentent souvent bloqués dans leurs échanges avec les homologues étrangers en sous-estimant leurs capacités à communiquer correctement.
le mythe des langues difficiles et du “don” des langues
C’est du chinois! Visiblement cette langue ne rebute pas les centaines de millions de très jeunes chinois qui l’apprennent et qui ne sont pas tous des Einstein en puissance! En réalité chaque langue a ses difficultés et ses facilités. Par exemple en allemand le vocabulaire est un peu comme un jeu de Lego où les mots se combinent et en forment ainsi de nouveaux faciles à apprendre (réduisant ainsi le temps d’apprentissage du vocabulaire) et la grammaire chinoise semble simplissime en regard de la française (pas de conjugaison, d’accord…). Quant au «don des langues » c’est évidemment le travail, la motivation et l’imprégnation (séjours, famille…) qui font les «doués» en langue !
J’ai pas le temps
L’argument numéro 1 des Français pour ne pas apprendre… Au pays du tarot, la stratégie largement répandue de l’excuse s’explique par notre manque de vision à long terme et le polychronisme récurrent (latin’s hours) de notre mode de vie. En entreprise on envisage trop souvent les langues étrangères que dans le cadre d’un besoin immédiat qui s’accommode mal des stratégies linguistiques indispensables de 3 à 5 ans (comme pour l’export…). L’aspect omnivore du temps d’apprentissage des langues étrangères agace. Deux jours de formation sur les incoterms, ça dérange beaucoup moins les plannings… et l’on veut surtout être “fluent” pour demain d’où le succès des livres du style “le chinois en 15 jours”, toujours commencé jamais fini… De la même manière que l’on pense être et pouvoir vendre sur un marché étranger en restant une semaine sur un salon. C’est un peu comme vouloir faire des affaires sans perdre du temps à prospecter !
Le monolinguisme d’état et de fait
La France est un pays monolingue par excellence. La langue unique, le français fut longtemps considéré comme garant de l’unité nationale en éclipsant toutes les langues périphériques. L’enjeu politique de centraliser les pouvoirs et cimenter la nation s’est transformé en une méfiance « institutionnalisée » vis-à-vis des autres langues. L’anglais, jugé pourtant comme indispensable, serait une menace pour la pureté de la langue française. Nos voisins, la plupart plurilingues (Espagne, Luxembourg, Suisse, Belgique, Allemagne, Italie…), n’ont pas cette crispation monolingue réductrice si caractéristique de la France qui inhibe ses habitants. L’expression même « langues rares » (japonais, chinois, russe…) employée dans l’enseignement ou les écoles de langues, témoigne de notre « centrisme mental », en oubliant qu’elles qui sont parlées par des milliards de personnes. Et quand l’institut Goethe fait la promotion de la langue allemande dans le monde nous pensons « défense de la langue française » comme si les quelques milliers de mots anglophones (peut-être 3 à 4% du vocabulaire français) représentaient un tsunami linguistique alors que l’anglais est composé d’environ 30% de mots d’origine franco-normande… (et à quand la traduction francisée du mot igloo?). A cela s’ajoute la vision de l’anglais « roi » de plus en plus prônée par l’éducation nationale et les élites entretenant le mythe de l’anglais « langue des affaires » et qui renforce encore notre manque d’ouverture et de lucidité envers la réalité du monde plurilingue d’aujourd’hui.
Du leurre de l’efficacité de l’anglais
Première erreur : penser que tous nos interlocuteurs parlent anglais. Or ce n’est pas le cas dans de nombreux pays, l’anglais créant ainsi plus de distance et d’erreurs d’interprétation. Il faut se méfier aussi des stéréotypes : contrairement à ce que l’on croit tout le monde ne parle pas anglais en Inde et encore moins au Japon. Il est essentiel de tenir compte de la réalité terrain du niveau de celle-ci. Rappelons que la plupart des Français sont censés parler anglais dans les statistiques et que seul 5,6% de personnes dans le monde sont de langue maternelle anglaise…
Deuxième erreur : succomber au mirage du tout anglais dans les affaires. Quelle meilleur exemple que celui de la Suède reconnue comme une championne de l’anglais mais dont un rapport suédois démontre leur handicap dans les affaires (contrairement aux Danois plus multilingues), élément qui se répercute directement dans leurs résultats à l’export.
Les gouvernements anglais et américain tirent également tous les deux la sonnette d’alarme (English is not enough…) et le non apprentissage de langues étrangères est reconnu aussi comme un handicap pour ces pays à l’export!
Troisième erreur : penser que notre communication peut être assurée uniquement en anglais. Même si les deux parties prenantes parlent parfaitement anglais, les choses importantes se décident en langues maternelles. Nous pensons maitriser la communication et notre relation d’affaires mais en perdant la vigilance sur d’autres signes tout aussi importants : la gestuelle, les off (ex. de cette négociation en anglais avec les chinois où tout d’un coup nos partenaires se mettent à discuter en chinois entre eux…).
Il est aussi important d’avoir à l’esprit que même si nous utilisons les mêmes signifiants, les signifiés peuvent diverger considérablement. Ainsi quand nous parlons des contrats, qualité, délais, performances en utilisant les mêmes termes, leurs significations s’avèrent être très différentes en fonction des cultures.
Enfin, une communication réduite en raison de la pauvreté du global English souvent utilisé (appelé parfois « broken English »…) limite la compréhension des nuances, de la pensée de l’autre et de son propre argumentaire
Le triple avantage du multilinguisme
« Languages means business » est le nom d’une étude de la commission européenne! En voici un très court extrait: « les compagnies les plus efficaces à l’export sont celles qui ont développé une stratégie, un panel de langues, l’emploi de locaux. L’anglais est un générique et n’apporte pas plus en termes de concurrence dans un pays non anglo-saxon».
Le temps des colonies est bien fini et la « nouvelle » mondialisation c’est aussi la réappropriation des langues dans leurs pays d’origines, parfois le rejet de cultures ou de puissances économiques étrangères et une nouvelle nécessité de composer avec le désir de développement local (dont les langues). La réussite et le développement des « coca-colas » locaux en est une illustration… L’anglais (à connotation américaine) peut aussi faire l’objet d’un préjugé défavorable dans certains pays ou dans certains contextes politiques.
Premier avantage : parler la langue de son partenaire est un signe de considération et même quelques mots mal prononcés donnent un ton d’ouverture à la négociation…C’est un facteur favorisant la confiance, l’empathie et ce qui en suit les contrats!
Deuxième avantage : connaître la langue c’est comprendre au moins en partie la culture de notre client suite en particulier à son apprentissage… en effet l’usage d’une langue tierce peut être un outil de communication trompeur donnant l’illusion d’une bonne intercompréhension qui semble gommer les différences mais qui sont en fait toujours présentes, et les mots revêtir une signification très différente selon les interlocuteurs. La réelle compréhension passe par la connaissance de l’environnement linguistique local, de culture, de la gestuelle et de ses messages implicites. Un pouce levé n’a pas la même signification partout (auto-stop ou injure sexuelle selon la géographie). Le V de la victoire a un sens TRÈS différent en Angleterre que celui auquel vous pensez si vous montrez le dos de votre main et le « c’est du propre » français ne peut se traduire facilement hors de son contexte particulier.
Les exemples nombreux d’erreurs d’attitude et gaffes linguistiques (business killers) ne sont qu’une partie émergée de l’iceberg interculturel. … Par exemple la marque Blédina en Russie est difficilement exploitable (signifiant prostituée), la voiture de Nissan « moco » (crotte de nez en espagnol) pas très vendeuse dans les pays de langues hispaniques et la marque japonaise d’optique « Hypercon » n’a pas réussi à s’implanter en France…
Troisième avantage : le multilinguisme nous donne une plus grande liberté dans nos actions à l’export. D’abord, l’autonomie acquise par la connaissance de la langue du pays, même minime, permet de voyager sans emprunter le réducteur « couloir anglo- saxon » (hôtels, commerces…qui parlent anglais mais qui sont souvent plus inflationnistes pour les frais généraux…), de sortir des sentiers battus par les concurrents et de réduire les pertes de temps et les excès de fatigue supplémentaire dévolues à des actes banals lors d’un voyage au détriment des négociations.Le multilinguisme nous permet enfin d’élargir notre rayon d’action à l’export en ne se cantonnant pas dans les pays à orientation et facilité linguistique anglophone et faire face à des besoins inattendus en langues multiples (diaspora à l’étranger , multilinguisme des pays comme la Suisse, collaborateurs et clients plurilingues, implantations exogènes…).
Enfin, il donne une grande longueur d’avance sur vos concurrents et leur anglais générique, tout en ne donnant pas un avantage à la concurrence anglo-saxonne en encourageant l’usage de l’anglais (leur monolinguisme étant un point faible).
La triple alliance de compétences interculturelles pour exporter
Il est indéniable que parler plusieurs langues est déjà une première porte d’entrée et un levier de réussite fondamental dans les activités à l’export. Pour autant, ces capacités linguistiques ne sont pas suffisantes pour comprendre réellement les mécanismes des affaires à l’étranger. La langue n’est qu’un des nombreux éléments participant à la « bonne communication » et à la construction d’une relation de confiance. De nombreux facteurs culturels interviennent de manière forte et parfois imprévisible dans le processus de la négociation internationale puis dans la relation avec nos partenaires et clients étrangers.
L’impact de la culture dans la négociation est décrit ainsi par Zartman : « La culture est à la négociation ce que les oiseaux s’engouffrant dans les réacteurs sont aux avions ou, tout au plus, ce que la météorologie est à l’aérodynamique – des obstacles qui doivent être pris en compte et évités une fois que le processus fondamental est complètement compris et mis en œuvre ».
Savoir vendre à l’international ne s’improvise pas et les compétences d’un bon vendeur en France non seulement ne suffisent plus mais peuvent s’avérer désastreuses dans un autre contexte culturel. Ce qui parait valable en France ne l’est pas forcément à l’étranger. Il est donc important de mettre en veille nos automatismes dans la gestion d’une relation d’affaires.
Les exportateurs avisés devraient prévoir les tempêtes culturelles dans leurs trajectoires et s’armer d’autres types de compétences, nommées à l’anglo-saxon « soft skills » dont les compétences interculturelles font partie. Elles constituent un socle indispensable pour naviguer de manière plus prudente dans ce contexte international.
Les compétences interculturelles sont d’une triple nature: cognitive, comportementale et affective.
Les compétences cognitives : le B.A. – B.A. de l’exportateur
Connaitre le « destinataire »
Les compétences cognitives font appel à notre bagage de connaissances sur le pays cible au-delà des stéréotypes. En effet, il serait difficile de s’aventurer sur un marché étranger sans un minimum d’informations sur son cadre politique, institutionnel, juridique, social… Ce premier niveau de connaissances permet d’abord appréhender la distance géographique, administrative, économique et culturelle de la zone visée afin de mieux évaluer le risque de l’opération et ses chances de réussite. Difficile d’imaginer un projet d’exportation sans avoir pesé l’ensemble de ces données et sans avoir calculé le risque pays, de change, la solvabilité des clients potentiels ou encore la pertinence de notre offre sur le marché.
Il est essentiel ainsi de revoir ses fiches de géographie, histoire et géopolitique avant d’aborder l’idée de présenter son produit sur un marché étranger.
Eviter les écueils
Connaitre le contexte historique et culturel du pays nous donne un avantage indéniable sur nos concurrents et nous relie à notre partenaire de négociation.
Cette prise de conscience peut nous prévenir de commettre de graves impairs… Parfois, une simple gaffe culturelle due à notre ignorance peut tout simplement annuler des efforts de longue haleine pour conclure une affaire. Les exemples de ce type sont multiples. Citons les déboires de ces managers français qui ont vu leur projet de vente échouer pour une côte de bœuf servie au déjeuner à leurs partenaires indiens. Une posture physique des négociateurs qui par malheur auraient dévoilé la semelle de leur chaussure lors des entretiens avec leurs partenaires arabes peut être considérée comme une insulte grave.
Comprendre les attentes
La prise en compte de ces éléments culturels nous incite également à mieux comprendre les motivations et attentes de nos futurs clients et anticiper leurs réactions sans se laisser surprendre par les aléas d’une négociation ou d’une relation qui nous échappe.Sortir de nos sentiers battus et être plus attentifs à ce qui est important dans une autre culture, permet de ne pas sous évaluer quelques détails interculturels qui nous paraitraient sans importance dans notre contexte culturel.
Ce réflexe évident aurait évité à certains opérateurs, pourtant expérimentés, de commettre d’importantes erreurs et de procéder à des corrections à posteriori extrêmement coûteuses comme la reconstruction d’un hall d’entrée d’un hôtel d’une grande chaîne française au Japon qui n’a pas respecté les règles de Feng Shui ou encore l’annulation d’une importante campagne de promotion des produits bronzants d’une industrie cosmétique, en Asie où la blancheur de peau est un critère de beauté incontournable.
Partager les valeurs
Au-delà d’une mission de « reconnaissance » des facteurs culturels impactant les attentes de nos clients étrangers, il est important également de comprendre et préparer le mode relationnel en vigueur. En effet, la méconnaissance du style de communication, du degré de formalisation des relations d’affaires dans le pays cible, ou encore de la manière dont les parties prenantes confrontent leurs valeurs et leurs intérêts peut coûter très cher.
Il a été estimé par exemple que les négociations entre les Américains et les Japonais prenaient six fois plus de temps qu’entre deux entreprises américaines. Le coût de la transaction s’accroît avec son inefficacité…
Et en même temps, il serait erroné de réduire l’efficacité de la transaction au temps consacré car il n’a pas la même valeur ni la même orientation dans les cultures polychrones que dans nos cultures monochrones occidentalisées ou « temps c’est l’argent ». Parfois, il est important de savoir « perdre du temps » pour gagner en confiance et au final en efficacité. Une entrée en matière trop abrupte dans les pays asiatiques ou bien un trop grand empressement pour formaliser la transaction commerciale en Orient peut bloquer ou même faire fuir nos partenaires étrangers.
Enfin, comme l’utilisation de la langue de nos partenaires commerciaux est un premier signe de considération, il est de même pour l’intérêt que nous portons à leurs pays. Non seulement c’est un signe de respect mais il crédibilise en plus notre démarche de vendeur qui s’intéresse réellement aux besoins et contraintes de ses clients.
Pourtant, de nombreux exportateurs s’aventurent toujours sur ce terrain sans être préparés et sans prendre en considération les obstacles possibles liés à la distance culturelle. Nous sommes forcés d’admettre que « la connaissance de base des cultures étrangères est souvent identique à celle des péplums holywoodiens ». Certains s’arrêtent au stade des préjugés et des stéréotypes culturels (dont eux même sont porteurs) et ne mesurent pas la portée de ceux dont, réciproquement, ils peuvent être les victimes.
Les compétences comportementales et affectives : une juste attitude à l’export
Il est pourtant prématuré de croire qu’une parfaite connaissance de « l’autre culture » peut résoudre tous les problèmes. Savoir n’est pas automatiquement synonyme de savoir-faire et savoir-être.
Connaitre nos propres filtres culturels
Premièrement parce que la réalité est souvent beaucoup plus complexe qu’elle ne parait être et qu’il est dangereux de la réduire à quelques dimensions culturelles de référence.
Deuxièmement, parce que nous n’arrivons à comprendre réellement les schémas mentaux culturels de nos partenaires étrangers qu’à partir du moment où nous arrivons à passer au stade de la métacognition, un état de conscience supérieure de nos propres filtres et mécanismes culturels.
La capacité empathique de communication et de compréhension de « l’autre » débute toujours par une connaissance de soi et de la France. Comprendre comment sont prises nos décisions, à partir de quels critères nous jugeons ce qui est valable ou pas…. Ce processus appelé la décentration nous permet de prendre plus de distance, se défaire de nos critères d’évaluation culturellement impactés et comprendre comment réagissent et ce qu’attendent nos partenaires d’affaires étrangers.La distanciation nous permet également de comprendre que nos systèmes de valeur ne sont pas largement partagés par les autres.
Appréhender la différence de systèmes de valeurs
Ainsi, si les produits français, parfois de véritables bijoux de technologie ne trouvent pas preneur, c’est peut-être aussi parce que les Français n’arrivent pas suffisamment à rentrer dans une dimension empathique et mettent en valeur des qualités sans grande résonnance chez les clients étrangers.
C’est ainsi qu’un Britannique qualifiait les difficultés des exportateurs français
Le grand défaut des Français, et vous êtes connus pour ça, c’est que vous faîtes des produits qui sont excellents, très, très bons, mais vous ne savez pas les vendre. English Businessman (Geoffroy 2001: 155)
La première question légitime que nous pouvons nous poser est de savoir si les produits présentés à l’export prennent suffisamment en compte les réels besoins et attentes de ces marchés. Le décalage entre l’offre et demande n’est pas uniquement provoquée par la méconnaissance de la demande des marchés étrangers mais également par un niveau de projection subjective sans une remise en question des filtres culturels à la française
L’innovation, l’ingéniosité, la fierté de l’exploit technique sont des valeurs très hautement appréciées en France. Ce n’est pas forcément le cas ailleurs où le pragmatisme, la robustesse et le prix peuvent prévaloir sur la finesse. Pour les Français l’excellence se défend toute seule, pas besoin d’argumenter…Une attitude qui peut expliquer en particulier une étiquette d’arrogance trop souvent collée aux Français.
Cette approche de vente est d’ailleurs très souvent mise en avant par les exportateurs français qui mettront l’accent (et beaucoup d’effort) sur la valorisation des innovations des produits. On oublie trop souvent la qualité de la relation fondée sur l’écoute, la connaissance et la compréhension des besoins du client permettant de créer le climat de confiance nécessaire pour établir une relation d’affaire efficace et durable.Il est important de bien comprendre que le relationnel supplante dans certains pays le transactionnel…
Il est de même pour le style de communication et de vente des exportateurs français. Là encore, une certaine prouesse verbale appréciée en France peut agacer ou décrédibiliser la démarche auprès des partenaires commerciaux aux styles diamétralement opposés.
C’est pourquoi, au-delà d’une parfaite connaissance du contexte culturel des clients, une posture d’humilité et de distanciation parait plus qu’importante. De multiples réflexes de base comme observer, comprendre, apprendre et communiquer sont à redéfinir pour une exportation efficace.
Développer les compétences comportementales et affectives
Ce type de compétences peut être difficilement acquis lors des conférences magistrales. Elles font appel à une posture réflexive, de remise en question et de l’abandon d’une certaine « stupidité fonctionnelle »…Pour certains, les compétences comportementales font partie de ces « produits dérivés » d’une longue expérience internationale. Leurs certitudes ont été mises à rudes épreuves. Ils ont été déstabilisés d’abord par le « choc culturel », puis ont forgé une capacité à se décentrer, à rentrer dans une relation empathique et à s’adapter aux schémas mentaux très différents.La souplesse et l’attitude “judo” leur sont devenu une seconde nature!
Pour d’autres, l’apprentissage peut passer par des séances de coaching, de mises en situation…Par définition, une compétence ne peut se vérifier et se forger qu’en situation, difficile donc de l’inculquer en incubateur. Ceci est d’autant plus vrai pour la compétence affective qui est cette capacité à naviguer dans l’environnement trouble, à gérer l’ambigüité et notre propre zone d’inconfort.
Quel que soit notre niveau de conscience des différences culturelles, le sentiment de malaise peut s’inviter dans la relation d’affaires sans que l’on s’y attende. Des personnes pourtant expérimentées peuvent être surprises par leur propres réactions, et submergées par les émotions, ne pas savoir gérer une situation gênante et devenue incontrôlable…
Dans ce type de cas, le choix de nos collaborateurs parait très important. Ainsi les profils plurilingues et multiculturels, binationaux, étrangers… sur lesquels les exportateurs pourront s’appuyer, seront plus armés dans ces contextes troubles. Ils ont déjà expérimenté l’ambigüité identitaire et sont habitués à gérer leur zone d’inconfort…
Recommandations
Education :
Développer le multilinguisme à l’école par l’écoute, la formation de l’oreille et la découverte de langues variées sous forme ludique dans les petites classesPartir sur un objectif ambitieux de trois langues étrangères dans les classes supérieures en favorisant l’expression à l’écrit, la découverte interculturelle en lien avec les cours d’histoire et la géographieFavoriser toutes formes d’échanges (de professeurs et de classes entre pays, jumelages, sorties culturels liées aux pays, intervenants natifs extérieurs…) et surtout ERASMUS le meilleur outil de développement à l’export à ce jour!Encourager l’effort et la progression en abandonnant les notes couperets et favoriser le parlé de la langue pour une libération de la parole et une meilleure motivation!Préférence européenne à développer pour une citoyenneté européenne en devenir.
Entreprises :
Se préparer au recrutement et au management de collaborateurs de nationalités étrangères, une révolution inéluctable…Promotion systématique par les organismes inter-entreprises des langues étrangères comme un investissement à long terme lié à son avenir et exploitable quel que soit le niveau en cours (du débutant à l’expert). A planifier donc en lien avec son développement export ou import stratégique. Permettre de manière systématique l’acquisition des compétences interculturelles à travers la formation initiale/ professionnelle avec une implication de tout le personnel des entreprises(Quota minimal de formation en langues)
Institutions :
Accroitre dans les institutions et administrations des profils biculturels qui pourraient être d’excellents médiateurs pour les entreprises exportatrices. Encourager la culture de la modestie dans ses contacts avec l’étranger.Systématiser les formations interculturelles des agents
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